Qu'est-ce que le bizutage ?

Le bizutage est « une série de manifestations où les élèves anciens, usant et abusant de leur supériorité née de la connaissance du milieu, du prestige de l'expérience et d'une volonté affirmée de supériorité, vont imposer aux nouveaux arrivants, déjà en état de faiblesse, des épreuves de toute nature auxquelles, dans les faits, ils ne pourront se soustraire sous l'emprise de la pression du groupe, du conditionnement et de ce que l'on peut appeler des sanctions en cas de refus, comme l'interdiction d'accès à divers avantages de l'école, l'associations des anciens élèves… ».

Définition donnée en Haute Cour de Justice de la République par l'avocat général, lors du procès de Madame Ségolène Royal alors ministre déléguée, chargée de l'enseignement scolaire, le 15 mai 2000.

La loi du 17 juin 1998

L'article 225-16-1 du Code pénal, modifié par la loi 2016-41 Art. 12 du 21.01.2016, définissant le délit de bizutage est ainsi rédigé : "Hors les cas de violences, de menaces ou d'atteintes sexuelles, le fait pour une personne d'amener autrui, contre son gré ou non, à subir ou à commettre des actes humiliants ou dégradants ou à consommer de l'alcool de manière excessive lors de manifestations ou de réunions liées aux milieux scolaire et socio-éducatif est puni de 6 mois d'emprisonnement et de 7500€ d'amende".

Accueil et bizutage obéissent à deux logiques opposées.

Le nouveau est par rapport au groupe des anciens en situation d'infériorité. Il connaît peu de monde. Il ignore presque tout du fonctionnement du collectif auquel il aspire à s'intégrer.
Face au nouveau, s'ils ne lui restent pas indifférents, les anciens peuvent adopter deux attitudes :

  • Celle de l'accueillant qui aide le nouveau à vaincre son appréhension, à se sentir attendu et accepté dans sa différence, lui permet de découvrir son nouvel univers, de s'y épanouir. L'accueillant se met au service du nouveau, sa logique est une logique de réciprocité, de respect, une logique démocratique.
  • Celle du bizuteur qui revendique l'exclusivité de la démarche d'intégration, met en scène son rejet de l'étranger. Il « formate » son cadet, grâce à un chantage à l'exclusion, avant de l'accepter.

Le bizuteur se sert du nouveau, sa logique est une logique de domination, de mépris, de féodalité.

Le bizutage une fausse bonne tradition

Toutes les traditions ne sont pas bonnes à conserver. Certaines se pervertissent au cours du temps. L'émancipation de l'individu passe par une évaluation critique des traditions et l'abandon de certaines d'entre elles.

Si certaines traditions amènent à un enrichissement de soi, les rites proposés par les bizuteurs sont d'une extrême indigence. Ils visent un appauvrissement, un « calibrage », un « formatage » des individus, au mépris de l'originalité et de la liberté de leur pensée.

Le bizutage utilise des techniques de manipulations mentales comme le font les sectes
Privations de sommeil, perturbation de l'alimentation… qui font accepter aux nouveaux de manière insidieuse des choses qu'ils n'auraient pas acceptées en d'autres circonstances.

Nous sommes tous vulnérables. Le respect des droits de l'Homme s'est aussi le respect de cette vulnérabilité : on n'a pas le droit de l'utiliser pour asservir autrui.

Source image : huffingtonpost.fr "bizutage : des lettres de sang inscrites dans le dos"