Quelques pistes de réflexion pour distinguer l’accueil du bizutage

La définition du bizutage donnée en Cour de justice de la République par l’avocat général, lors du procès de Madame Ségolène Royal :

« Une série de manifestations où les élèves anciens, usant et abusant de leur supériorité née de la connaissance du milieu, du prestige de l’expérience et d’une volonté affirmée de supériorité, vont imposer aux nouveaux arrivants, déjà en état de faiblesse, des épreuves de toute nature auxquelles, dans les faits, ils ne pourront se soustraire sous l’emprise de la pression du groupe, du conditionnement et de ce que l’on peut appeler des sanctions en cas de refus, comme l’interdiction d’accès à divers avantages de l’école, l’association des anciens élèves, (…) »

Il n’y a pas de gentil bizutage

Il ne suffit pas de modifier l’appellation des manifestations de rentrée pour que tout soit autorisé. Il n’y a pas lieu de distinguer des bizutages “méchants”, “pas très méchants”, ou “intelligents”, ce qui permettrait de tracer une ligne de démarcation artificielle entre le légitime et le délictueux.

Accueil et bizutage obéissent à deux logiques opposées

Le nouveau est fragilisé par rapport au groupe des anciens, qui peuvent adopter deux attitudes :

  • celle de l’accueillant qui aide le nouveau à s’intégrer, lui permet de découvrir son nouvel univers et de s’y épanouir.
  • L’accueillant se met au service du nouveau, dans une logique de réciprocité et de respect ; celle du bizuteur qui revendique l’exclusivité de la démarche d’intégration. Il « formate » son cadet, grâce à un chantage à l’exclusion, avant de l’accepter. Le bizuteur se sert du nouveau dans une logique de domination et de mépris.

Le bizutage viole les droits de l’Humain

Le bizutage apprend l’irrespect et le présente comme une chose normale. Il introduit une grave confusion entre hiérarchie de fonctions et hiérarchie de personnes. Dans l’entreprise, la hiérarchie des fonctions ne se base pas sur les personnes mais sur les responsabilités (notion essentielle pour des futurs cadres). Les citoyens sont égaux en droits, devoirs et dignité : le bizutage inculque l’idée contraire.

Le bizutage utilise des techniques de manipulations mentales

Ces techniques imposent aux nouveaux, de manière insidieuse, des comportements qu’ils n’auraient pas acceptés en d’autres circonstances. Le respect des droits de l’homme est aussi le respect de cette fragilité qui est en chacun de nous : on n’a pas le droit de l’utiliser pour asservir autrui.

Le bizutage est un rite dévoyé

Tous les rites de passage, traditions, coutumes ne sont pas bons à conserver. L’émancipation de l’individu, la vitalité des groupes passent par une évaluation critique des traditions et l’abandon de certaines d’entre elles.